Arc et flèches jouet – la question de mon fils

Mon cadet, huit ans, m’a vu rentrer d’un parcours un dimanche soir avec mon arc sur l’épaule. Trois jours plus tard il réclamait un arc et flèches jouet pour le jardin. La demande m’a paru simple à traiter. Elle m’a occupé bien plus longtemps que prévu, parce que la réponse honnête n’est ni oui ni non.

Ce qu’un arc et flèches jouet fait réellement

On lui en a offert un, en plastique, avec des flèches à ventouse. Il a joué avec pendant trois semaines, intensément, puis l’objet a rejoint le coffre à jouets. Ce que j’ai observé pendant ces trois semaines m’a intéressé : il tirait vite, beaucoup, sans jamais chercher à répéter le même geste, et il visait avec le bras tendu, exactement le défaut que l’encadrant corrige en priorité chez les débutants adultes.

Autrement dit, l’objet n’enseigne rien du tir sportif et installe même un ou deux réflexes qu’il faudra défaire. Ce n’est pas un défaut de fabrication, c’est que ce n’est pas sa fonction. Un arc à ventouses est un jouet de lancer, pas un instrument de précision.

Cible de tir à l'arc multicolore atteinte par plusieurs flèches
La cible en paille du club : rien à voir avec un disque de mousse de jardin.

Ce qu’il a tout de même apporté

Deux choses, et je ne les avais pas anticipées. La première est l’envie. Trois mois après l’épisode du jardin, il m’a demandé à venir au club, et il y est allé. Sans le jouet, je doute que la question se serait posée aussi vite. La seconde est la notion d’arrière-plan : il a compris tout seul, après une flèche perdue dans la haie du voisin, qu’on ne tire pas vers quelque chose qu’on ne voit pas.

Cette deuxième leçon est la seule qui se transpose directement, et c’est la plus importante de toutes sur un parcours en sous-bois, où la cible est parfois placée devant un chemin fréquenté.

Pourquoi le jardin ne ressemble pas à un parcours

Un parcours nature se tire sur des distances variables, en pente, avec une lumière qui change d’une cible à l’autre et un sol qui ne pardonne pas un appui approximatif. Un jardin est plat, court et constant. Ce sont deux exercices sans rapport, et présenter l’un comme l’entraînement à l’autre serait me raconter des histoires.

Ce qui prépare réellement, dans ce que j’ai vu, c’est la marche en forêt et le jeu d’estimation des distances. Mon aîné et moi avons pris l’habitude, en randonnée, de parier sur la distance d’un arbre avant de la compter en pas. C’est gratuit, ça occupe les montées, et c’est la compétence qui me manque le plus sur un parcours. Je n’ai aucune preuve que ça fonctionne au-delà de nos deux cas.

La question de la sécurité, qui n’en est pas une

On m’a demandé plusieurs fois si offrir un arc jouet n’était pas risqué. Dans mon expérience, le risque réel est faible avec des flèches à ventouse, à condition de poser deux règles dès le premier jour : on ne tire jamais vers une personne ou un animal, et on ne tire que vers une cible dont on voit ce qu’il y a derrière.

Ces deux règles sont exactement celles du club, formulées plus simplement. Les répéter à la maison a eu un effet que je n’attendais pas : quand mon fils est arrivé au club trois mois plus tard, l’encadrant a énoncé les consignes de sécurité et il a hoché la tête parce qu’il les connaissait déjà.

Le vrai danger, dans notre jardin, s’est révélé être les vitres de la véranda et le chat du voisin, dans cet ordre. Aucun des deux n’a souffert, mais les deux ont failli.

Ce que je répondrais à un autre parent

Que le jouet ne sert pas à apprendre mais à savoir si l’envie existe, et que c’est déjà beaucoup. Quinze euros pour tester une envie, comparés au coût d’une saison de club et d’un équipement, le rapport est raisonnable.

Que l’enthousiasme de trois semaines ne garantit rien. Chez nous il a débouché sur une inscription, chez d’autres l’arc finit dans un coin et c’est très bien aussi. Je me méfie des récits où un détail anodin déclenche une vocation : le mien y ressemble, et je sais pourtant qu’il tient surtout au hasard d’un dimanche soir.

Que le moment du passage au club dépend plus de la capacité à rester attentif vingt minutes d’affilée que de l’âge inscrit sur la fiche. C’est ce que m’ont dit deux encadrants, et c’est ce que j’ai constaté chez mes deux enfants, qui n’ont pas du tout accroché au même âge.

À partir de quel âge le club

Les clubs que j’ai visités accueillaient à partir de huit ou neuf ans selon les structures, avec du matériel adapté et des distances réduites. L’encadrement des jeunes y est en général plus structuré que celui des adultes, ce que j’ai constaté dans les trois clubs où je suis passé. Les conditions exactes dépendent de chaque structure et de la réglementation applicable : la question se pose directement à la personne qui encadre, pas à un carnet comme celui-ci.

Pour le vocabulaire et les familles d’arcs, la fiche de référence sur le tir 3D situe correctement la discipline en terrain naturel, qui est celle dont je parle quand j’écris « parcours » sur ce site.

Mon fils tire maintenant en club une semaine sur deux, avec un arc prêté, et il groupe mieux que moi à dix mètres. Le reste de mes notes de sous-bois est dans parcours nature, et les questions à poser avant une inscription figurent sur ma page consacrée au choix d’un club.