Tir à l’arc – ce que ma première séance a changé

Un samedi de novembre, j’ai accompagné mon fils aîné à une journée portes ouvertes dans un club local. Mon programme tenait en une ligne : rester sur le bord, prendre deux photos, récupérer le gamin à midi. Le tir à l’arc m’intéressait à peu près autant que le curling. Une heure plus tard j’avais un arc prêté entre les mains, une épaule gauche qui tremblait et la très nette impression de ne rien comprendre à ce que je faisais.

Ce carnet est né ce jour-là, même si je ne l’ai écrit que bien plus tard. Voici ce que cette première séance a modifié dans ma façon de voir ce sport, dans l’ordre où les choses me sont tombées dessus.

Le tir à l’arc ne ressemble pas à ce qu’on en voit

J’avais en tête des images de films : un type qui bande son arc d’un geste fluide et plante sa flèche au centre. La réalité du pas de tir est beaucoup plus lente et beaucoup plus silencieuse. On ne tire pas en continu. On tire trois ou six flèches, on attend le signal, on va les chercher, on revient, on recommence. Entre deux volées il se passe deux minutes pendant lesquelles il ne se passe rien, et ces deux minutes font partie de l’exercice.

La deuxième surprise tient au bruit. Un arc classique bien réglé ne claque pas. Il fait un son mat, court, presque décevant quand on s’attend à une détonation. Quand le mien faisait du bruit, c’est qu’il se passait quelque chose d’anormal dans mon geste, et pas l’inverse.

La troisième, c’est la distance. Dix mètres, ça paraît ridicule depuis le parking. Sur le pas de tir, avec un arc de débutant et des bras qui n’ont jamais fait ça, dix mètres suffisent largement à rater une cible de quatre-vingts centimètres. J’ai mis trois séances à accepter cette phrase.

Le matériel prêté est fait pour ça

Je suis arrivé avec l’idée vaguement honteuse qu’emprunter du matériel, c’était tricher. Le club m’a confié un arc d’initiation en plastique et aluminium, des flèches trop longues pour moi et une palette usée par trente mains avant la mienne. J’ai compris plus tard que c’était le bon ordre des choses : tant qu’on ne sait pas quelle est sa longueur d’allonge, acheter un arc revient à acheter des chaussures sans connaître sa pointure.

Un archer du club m’a mesuré l’allonge avec une flèche graduée, bras tendus devant lui, et a noté le chiffre sur un bout de papier que j’ai perdu depuis. Ce chiffre conditionne la longueur des flèches, et donc leur comportement. Avec des flèches trop longues, j’ai tiré correctement quand même. Mais quand j’ai essayé six mois plus tard un arc réglé à mes mesures, la différence était immédiate, et pas subtile.

Dans mon cas, la période de prêt a duré une saison complète. Je ne regrette pas une seconde de l’avoir laissée durer. Ce que j’ai lu depuis sur les sites de clubs va dans le même sens : la plupart conseillent d’attendre la fin de la première année avant d’acheter quoi que ce soit.

Mains tenant un arc classique, flèche encochée, avant un tir
Le geste d'encochage, celui qui m'a demandé le plus de répétitions.

Les gestes qui m’ont paru contre-intuitifs

Quatre choses m’ont semblé absurdes le premier jour et me paraissent évidentes aujourd’hui.

  • Ne pas viser avec le bras qui tient l’arc. Ce bras pointe, il ne corrige pas. La correction vient du dos et des épaules. J’ai passé deux séances à tenter de rectifier ma visée en bougeant la main gauche, ce qui revient à conduire en tournant le rétroviseur.
  • Relâcher plutôt que lâcher. On n’ouvre pas les doigts. On arrête de retenir, et la corde part toute seule. La nuance m’a échappé longtemps, et c’est elle qui faisait partir mes flèches sur la gauche.
  • Regarder la cible, pas la flèche. Les yeux restent sur le centre pendant et après le départ. Le réflexe de suivre la flèche du regard casse la position avant même qu’elle ne soit partie.
  • Accepter de tirer court. Reculer de dix mètres quand on ne groupe pas à dix ne sert à rien. Les séances où j’ai le plus progressé sont celles où je suis resté à faible distance en travaillant une seule chose.

Ce que j’ai lu après coup

Rentré chez moi, j’ai fait ce que je fais toujours quand un sujet m’accroche : j’ai lu. La fiche encyclopédique sur la pratique du tir à l’arc m’a surtout servi à mettre des mots sur ce que j’avais vu : arc classique, arc à poulies, berger button, décocheur. Avoir le vocabulaire a changé mes questions. On ne demande pas la même chose quand on dit « le truc là, sur le côté » et quand on dit « le repose-flèche ».

Les publications des fédérations et des comités régionaux sont ensuite devenues ma source principale pour tout ce qui touche aux règles et aux catégories. Je les cite quand je m’en sers, parce que ce sont elles qui font autorité, pas moi. Ma méthode de travail tient sur une page si le sujet vous intéresse : comment j’écris ces articles.

Ce que je ferais différemment

Je prendrais des notes le soir même. J’ai perdu les détails des trois premières séances, et ce sont celles qui auraient le plus servi à quelqu’un qui débute. Je poserais aussi plus de questions bêtes sur place, pendant que l’encadrant est là, plutôt que de les garder pour les chercher seul sur internet le mardi suivant.

Et je ferais attention à mon épaule. Une heure de tir pour quelqu’un qui n’a pas fait de sport depuis longtemps, ça se paie le lendemain. Rien de grave dans mon cas, mais j’aurais pu m’arrêter vingt minutes plus tôt sans rien perdre.

Si vous hésitez à pousser la porte d’un club, le reste de cette rubrique peut aider : j’y range tout ce qui concerne les débuts à l’arc, des démarches administratives au choix d’une première cible. Et si vous êtes déjà passé par là, votre première séance ressemblait-elle à la mienne, ou est-ce que je suis le seul à avoir tremblé autant ?